Son histoire

Le Graffiti est né il y a quarante ans dans les sombres rues des villes délabrées d’Amérique du Nord. Pour les adolescents s’aventurant dans ces dédales, peindre son nom sur un mur était l’affirmation d’une nouvelle identité symbolique, exprimant leur force, et l’humour nécessaire pour « survivre » ici bas.

Ces artistes défièrent la force industrielle des 900 kilomètres d’acier et de machines dessinant comme des vaisseaux sanguins sous la ville. En prenant possession des tunnels et en martelant les kilomètres de décombres où se dressaient auparavant des immeubles, ils scandèrent : « Nous sommes là, nous ne serons pas oubliés. » Ces années furent marquées par la naissance d’une création innocente, qui enluminait la ville, transformant des ruines abandonnées en de brillantes œuvres d’art offertes à tous, remettant en jeu le concept de propriété publique. Poussés par un désir insatiable de création et d’aspiration à la beauté, ces jeunes développèrent leurs talents, pour devenir des virtuoses de la calligraphie et des spécialistes en images chocs. L’évolution rapide de ce qui était au départ un jeu d’enfant, en un mouvement artistique mature a été dirigé par la pression que la vie urbaine exerçait sur le cœur des ces adolescents. Les artistes ont peint des formes et des couleurs cinétiques, hyperactives, qui ne pouvaient exister que sur un objet en déplacement, imitant la vitesse chaotique du réseau ferroviaire de la ville.

Le Graffiti explosa sur la scène artistique new-yorkaise. Il s’échappa de la rue pour les galeries d’art, offrant de nouveaux horizons pour les enfants ayant appris qu’ils pouvaient avoir une carrière en tant qu’artiste. Pendant ce temps, les jeunes des villes du monde prirent conscience du mouvement. S’identifiant à la vibrante rébellion esthétique de leurs confrères d’Amérique du Nord, ils saisirent eux aussi la bombe pour peindre des itinéraires de couleurs de Suède jusqu’en Australie. Le Graffiti fut rapidement assimilé comme l’un des quatre éléments du Hip-Hop, et ces artistes accompagnèrent les DJs, les B-Boys et les MCs sur leurs tournées mondiales. Internet améliora encore plus la diffusion du Graffiti.

Des artistes de pays et de cultures différents forment aujourd’hui une scène artistique internationale, remplie de styles et de talents variés. Alain-Dominique Gallizia a eu l’idée de rassembler en une collection représentative, et faisant autorité, des œuvres réalisées par les artistes les plus renommés ayant émergé du mouvement, aussi bien que parmi ceux dont la renommé est restée dans le monde underground du graffiti. En établissant cette collection dans son studio parisien, ADL a cherché à créer une image compréhensif et unifiant du mouvement. Ne se contentant pas uniquement de collecter des toiles, il fournit aussi un thème de travail à partir duquel les toiles seraient peintes : un travail qui symbolisera leur idée de l’Amour.

L’intérêt d’Alain-Dominique Gallizia pour ces œuvres n’est pas celui d’un collectionneur privé ou d’un marchand d’art ; il s’engage à ne jamais vendre ou diviser la collection. Plutôt, il a pour intention de faire de cette collection un document historique du mouvement culturel qui émerge du graffiti. Il la rendra accessible en tant qu’exposition itinérante à travers les musées européens et mondiaux les plus importants. C’est une collection significative, puissante dans un choix d’artistes issus de différentes générations, partant des vétérans des métros de New-York jusqu’à la première vague européenne s’en inspirant, et ainsi que les plus récents innovateurs d’un mouvement en constante évolution. La collection est un panorama de ce mouvement artistique et culturel, ouvert à tous les nouveaux talents qu’Alain-Dominique Gallizia a, et pourra continuer à découvrir tout au long de sa vie.

Henry Chalfant, New York City, 2006
Photographe, auteur de Subway Art-réalisateur de Style Wars