LE COURANT : T.A.G. au Grand Palais ou l’art de Rue entre 4 murs


Comment importer le graffiti et le tag dans un musée, certes avant-gardiste, sans renier l’esprit de cet art ? C’est le pari, ô combien risqué, tenté par Alain Dominique Gallizia.

Art. L’exposition d’une collection aussi importante est une première. 150 graffeurs et taggueurs du monde entier ont accepté le format et le thème imposé par l’architecte amoureux de calligraphie et d’art urbain. 300 toiles au total, inspirées par le thème de l’Amour, ont été recueillies.

Un large panorama de cet « Art sauvage »

Les puristes verront la démarche d’un mauvais œil. Il n’empêche que, dès l’entrée du Grand Palais, où trône une structure sauvagement tagguée, le ton est donné. L’esthétisme des graffitis ne semble pas être le critère retenu pour l’exposition T.A.G. (Tag And Graff). Un large panel de cet art dit « sauvage » est présenté : des tags simples (en un trait) aux graffitis plus complexes (avec du volume), tout est passé en revue. Gallizia n’a pas voulu d’une exposition épurée, où seuls des graffitis esthétiques auraient été donnés à voir au public.

En entrant, un panneau taggué par Taki 183, l’un des précurseurs du mouvement à New-York, surplombe les marches. Le style « brut de décoffrage » de ce dernier, qui fait contraste avec l’hommage rendu juste avant à Jean-Michel Basquiat (connu aussi sous le pseudonyme SAMO ou Same old shit) annonce la démarche du collectionneur.

Pas de hiérarchisation des œuvres donc, mais plutôt une présentation exhaustive de ce qui se fait dans le mouvement graffiti. Gallizia rappelle ensuite, à travers un historique de cet art underground, l’esprit qui l’a conduit à exposer ces artistes de rue dans cet édifice de verre et d’acier qu’est le Grand Palais.

Offrir « par une simple toile, un support durable à ces artistes d’un nouveau genre ».

Il évoque tout d’abord le point commun entre l’architecte, « le premier des artistes de rue » et les graffeurs-taggueurs, qui sont venus apposer leurs empreintes sur les supports construits par ce dernier. La différence entre ces deux types d’art de rue réside dans le caractère éphémère du graffiti. Cela vient justifier sa démarche : « J’ai souhaité réparer cette injustice en offrant, par une simple toile, un support durable à ces artistes d’un nouveau genre. »

Autrement dit, l’exposition n’a pas pour but de travestir le mouvement mais plutôt de le mettre à l’abri du temps. Un principe de triple unité anime les œuvres présentées : un même format (une double toile horizontale de 60x 180 cm), un même thème (la signature de l’artiste à gauche et un sujet libre sur l’Amour à droite) et, si possible, un même lieu ouvert aux artistes : l’atelier d’Alain-Dominique Gallizia à Boulogne-Billancourt.

Certains y verront là une volonté d’uniformiser le travail des graffitis artists. Mais pour le collectionneur, l’idée était plutôt d’offrir à l’œil du public un aperçu des sensibilités variées qui foisonnent dans le mouvement. Avec un même thème et un même format imposés, le rendu est à chaque fois différent. De Seen à l’Atlas, en passant par Tran, chacun y est allé de sa touche personnelle. Pour ceux qui doutaient encore du caractère artistique du graffiti, preuve est donnée ici de la créativité à l’œuvre dans ce mouvement. Plus que 15 jours pour voir cette avalanche de couleurs et de styles qui transfigurent le Grand Palais.

Infos pratiques :

Plein tarif : 5 euros Tarif réduit (étudiants, demandeurs d’emplois) : 3 euros

Ouverture de 11h00 à 19h00, toute la semaine. Nocturne le mercredi et samedi jusqu’à 23h. Ouvert le lundi de Pâques

Pour plus d’infos : http://www.tagaugrandpalais.com/

Photos prises par Clément Mellin

http://www.lecourant.info/spip.php?article2188