FRANCE SOIR : Exposition - Le TAG au Grand Palais
Arts sauvages nés de l’environnement urbain, le tag et le graff s’institutionnalisent. Démonstration au Grand Palais à travers la collection d’un passionné.
Mot anglais passé dans le langage courant, tag signifie « étiquette ». Comme celles que les écoliers collent sur leurs cahiers, avec leur nom dessus. Pour la plupart de nos contemporains, le tag n’évoque ni l’école ni une forme d’art, mais bien plutôt une pollution urbaine qui depuis quelques années a aussi gagné la campagne. Il suffit d’un mur et d’une bombe de peinture pour faire naître un tag, mais il faut l’efficacité d’une sableuse pour l’effacer. Il existe pourtant des amateurs du genre qui n’ont pas envie de les voir disparaître et qui se réjouissent de voir entrer dans une station de métro une rame aux couleurs vives de couleurs vives.
Alain-Dominique Gallizia a depuis longtemps choisi son camp : pour lui, le tag est un « art voué à la destruction ». Architecte, il aurait pu être irrité de cette invasion des murs par un décor sauvage. Il a, au contraire, demandé à des graffeurs d’exercer leur talent sur toile pour élaborer une sorte de musée du street art. Cependant, comme pour toute commande de la part d’un mécène, les artistes ont dû accepter des contraintes. L’une est de s’inscrire dans un format prédéfini : deux fois 60 centimètres de hauteur sur 180 de longueur. D’un côté de ce diptyque, le tagueur peint son œuvre. De l’autre, il signe. Ce sont 300 de ces œuvres, et 150 artistes internationaux, qu’accueille le Grand Palais à Paris jusqu’au 26 avril.
L’amour pour programme
Ce retour aux sources du graff (la signature est le premier geste, celui-là même qui définit cet art) contrebalance la seconde exigence du commanditaire : obéir à un programme iconographique. La partie peinte est consacrée à l’amour. C’était le thème choisi pour le tout premier « tableau », exécuté par un artiste qui se consacrait à écrire « Amour » sur les trottoirs.
Nés entre les années 50 et les années 80, les peintres n’ont que la technique en commun. Issus de cultures diverses, ils vivent leur pratique de manière très différente. Les uns considèrent le graf comme un art d’intervention, les autres y cherchent surtout la monumentalité. L’unité de l’exposition tient donc surtout à sa présentation. Elle vient à la fois des dimensions constantes des œuvres et du décor : une aile du Grand Palais, à Paris, dans laquelle les travaux de restauration n’ont pas encore été réalisés. Une architecture de type industriel qui semble conçue pour l’exposition qu’elle abrite.
Grand Palais, Paris VIIIe. Entrée : 5 euros. Rens. sur www.tagaugranpalais.com.
Edition France Soir du samedi 4 avril 2009 page 25
http://www.francesoir.fr/culture/2009/04/04/exposition-le-tag-au-grand-palais.html

